LA NUIT DE MYSTOGRAD

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Myst de Pandasthan Unifié
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LA NUIT DE MYSTOGRAD
Cycle 34 (Le 13/10/26 16:03)

I. Le repli "héroïque"


---


Mystograd, capitale de l'Union des Républiques Bambouviques Mystyennes. Trois jours auparavant.


La défaite arriva par la radio, sous la forme d'une pirouette.

Speaker
Face à l'agresseur impérialiste de Kuni no Hono, nos glorieuses forces ont exécuté un repli stratégique héroïque. Le Parti salue leur sacrifice.


Partout dans l'Union des Républiques Bambouviques Mystyennes, les auditeurs hochaient la tête. Les Pandarens avaient appris à le faire pour éviter de paraitre suspects.


Mais les trains qui remontaient du front ne mentaient pas. Les wagons de blessés se succédaient en gare de Mystograd et les soldats qui en descendaient racontaient une autre guerre. D'un côté, des troupes impériales disciplinées et aguerries, descendues des terres volcaniques en bon ordre. De l'autre, des munitions jamais arrivées et des ordres contradictoires signés par des commissaires qui n'avaient jamais vu une carte d'état-major.


Les familles recevaient de moins en moins de nouvelles de leurs membres partis au front. Puis le courrier cessa d'arriver.



🌕🌖🌗



Au Palais du Soviet Suprême, la session extraordinaire fut convoquée le soir même. Elle ne cherchait pas à comprendre la défaite. Elle cherchait des coupables.


On les trouva vite : les officiers. Trop lents, trop prudents, pas assez fidèles. Le Commissariat à la Vigilance Populaire fut chargé de dresser une liste.


En tête de cette liste, un nom : le Général Myst, commandant du Groupe d'Armées du Nord.


À suivre…

Myst de Pandasthan Unifié
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II. Crépuscule
Cycle 35 (Le 13/10/26 23:08)

Quartier général du Groupe d'Armées du Nord, col de la Brume de Jade, quelque part dans les montagnes au nord de la capitale. 23h40.


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Une moto remonta la route sinueuse menant à la Citadelle de Shan-Wu. Accrochée à flanc de falaise au-dessus du col, l'ancienne forteresse-monastère du Saint-Siège du Pandasthan avait été confisquée au clergé après la Révolution du Bambou. Les cloîtres de pierre abritaient désormais des casernements, les vieilles tours de prière portaient des antennes radio et des radars et la montagne elle-même avait été creusée pour accueillir hangars, dépôts de munitions et ateliers blindés. Une brume verdâtre, presque permanente, noyait les remparts et dissimulait la base aux regards comme aux avions de reconnaissance.


C'était le cœur du Groupe d'Armées du Nord (GAN), la plus puissante formation militaire de l'Union des Républiques Bambouviques Mystyennes. Dans tout le pays, on continuait pourtant à l'appeler par son surnom hérité de la Révolution : les Brigades de la Montagne.


Le motard connaissait les virages en lacets par cœur malgré sa progression tous feux éteints. Il s'arrêta dans un crissement de gravier devant le premier poste de garde. Le pilote retira son casque : il portait l'uniforme du Commissariat à la Vigilance Populaire, celui-là même qui dressait la liste. Mais avant d'être muté au Commissariat, il avait servi chez les paras des Grues Noires et certaines loyautés ne s'effacent pas.


Il n'avait rien voulu confier au téléphone ni à la radio. Le Commissariat écoutait tout le monde, même ses propres agents. Il fut escorté jusqu'à la salle des opérations, aménagée dans l'ancienne salle capitulaire du monastère. Il salua l’homme qui l’attendait et lui tendit une copie de la liste, photographiée en cachette sur le bureau d’un commissaire. Puis il se retira sans un mot, laissant l’homme seul.


Le Général la lut une fois en levant un sourcil épais, la plia et la rangea dans sa poche de poitrine. Il fit immédiatement réveiller son état-major.


Dix minutes plus tard, ses officiers les plus proches étaient réunis, les uniformes encore froissés et mal boutonnés. Le Général posa la liste devant eux. Leurs noms y figuraient tous, juste après le sien.


Général Myst
Comme prévu, le Commissariat viendra nous arrêter dès que la liste sera publiée, demain ou après-demain au plus tard, dit-il sans préambule. Je n'ai pas l'intention de les attendre.


Il déplia la carte de Mystograd sur l'imposante table de réunion devant eux et posa le doigt sur le Palais du Soviet Suprême.


Général Myst
Nous descendons sur la capitale. J'ai décidé de lancer l'opération Crépuscule... dès cette nuit.


Personne ne protesta. L'ordre était attendu et tout le monde était conscient de la gravité de la situation depuis le retour du front.


🌗🌘🌑


03h15. Toutes les lumières de Mystograd s'éteignirent d'un coup. La centrale du quartier Est venait d'être occupée par les forces spéciales Pandas Roux, sans un coup de feu. Les techniciens de garde, réveillés en sursaut, servirent eux-mêmes le thé aux soldats.


03h40. Précédés par des éclaireurs, les blindés de la 7e Division Bambou d'Acier se répandirent depuis les routes des cols en silence, méthodiquement et tous phares éteints. Aux postes de contrôle, les sentinelles du Parti levèrent la barrière sans poser de questions. Certaines avaient servi sous les ordres du Général pendant la guerre. D'autres furent rapidement désarmées et ne purent s'opposer aux unités aguerries du GAN.


04h20. Les unités mobiles chargées de protéger les abords des bâtiments du Commissariat à la Vigilance Populaire furent totalement dépassées par l'assaut des parachutistes des Grues Noires alors que les premiers blindés atteignaient la zone. À l'intérieur, des fonctionnaires médusés découvrirent à leurs dépens qu'après tant d'années passées à surveiller tout le monde, ils n'avaient surveillé personne d'utile. Quelques-uns tentèrent de résister et furent éliminés sans sommation.


Dans la ville plongée dans le noir, les habitants qui entendirent passer les chenilles sous leurs fenêtres ne sortirent pas. Des années de régime leur avaient appris quand il valait mieux ne rien voir.


À suivre…

Radio Mystograd de Pandasthan Unifié
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Station d’État
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📻 RADIO MYSTOGRAD — ÉDITION SPÉCIALE
Cycle 41 (Le 16/10/26 20:39)

Diffusé sur toutes les fréquences nationales à partir de 04h30.

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Speaker :
Camarades travailleurs, camarades paysans, camarades soldats !

Cette nuit, une poignée d'officiers félons a profité de l'obscurité pour tenter de mettre fin à la Révolution du Bambou. Ces lâches, qui n'ont pas su tenir le front face à l'agresseur impérialiste, ont retourné leurs armes contre le peuple qui les nourrit.

Que personne ne se laisse tromper : le Soviet Suprême siège sans interruption et le Premier Secrétaire est à son poste. La Révolution n'a jamais reculé devant ses ennemis et elle ne reculera pas cette nuit.

Les officiers félons et tous ceux qui les suivent sont déclarés traîtres à la Révolution ! Le Parti appelle tous les travailleurs à se rassembler autour du Palais du Soviet pour défendre la Glorieuse Mère Patrie. Des unités fidèles sont en mouvement et sont attendues dans la capitale dès l'aube.

Que chaque usine, chaque kolkhoze et chaque quartier se soulève ! Gloire au peuple pandaren ! Gloire à la Révolution !


Le message semble se répéter toutes les dix minutes.


À suivre…

Myst de Pandasthan Unifié
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Généralissime
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III. Le Pont de l'Unité
Cycle 43 (Le 17/10/26 23:47)

Commissariat à la Vigilance Populaire, Mystograd. 04h35.

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Aux étages supérieurs, les paras fouillaient toujours les bureaux un par un et des coups de feu isolés résonnaient parfois dans les cages d'escalier. Mais le choix du bâtiment comme poste de commandement avancé n'avait rien d'un hasard : nulle part ailleurs dans la capitale on ne trouvait autant de lignes téléphoniques, d'émetteurs et de moyens d'écoute. Dans la grande salle du rez-de-chaussée, là où depuis la Révolution du Bambou les fonctionnaires du Commissariat épiaient tout le pays, les spécialistes des transmissions du Groupe d'Armées du Nord (GAN) installaient leur matériel, sous la protection d'une section lourdement armée qui surveillait nerveusement les alentours.


Au mur, des rangées d'écrans alimentés par un groupe électrogène poussif diffusaient par intermittence les images tremblotantes des quelques caméras du centre-ville qui fonctionnaient encore malgré les coupures de courant. On y voyait des rues désertes, des carrefours tenus par les blindés et quelques fenêtres éclairées à la bougie.


Le Général s'était installé devant la grande carte d'état-major de la capitale, couverte d'annotations et de photographies aériennes de reconnaissance prises quelques jours plus tôt. Les comptes rendus tombaient les uns après les autres : la centrale était toujours tenue, des postes de contrôle étaient dressés aux endroits stratégiques de la ville et les accès principaux de la capitale étaient progressivement verrouillés. Autour de lui, on commençait à respirer.


C'est alors que le lieutenant Grésil, officier des transmissions, retira son casque et monta le volume d'un récepteur.


Radio Mystograd
… sont déclarés traîtres à la Révolution ! Le Parti appelle tous les travailleurs à se rassembler autour du Palais du Soviet pour défendre la Glorieuse Mère Patrie. Des unités fidèles sont en mouvement et sont attendues dans la capitale dès l'aube…


Les studios de la radio d'État semblaient diffuser ce message en boucle sur plusieurs fréquences. Un autre officier confirma aussitôt que l'équipe des forces spéciales envoyée pour prendre le contrôle de Radio Mystograd avait été accrochée par des combattants près du bâtiment et ne répondait plus depuis vingt minutes.


Les officiers supérieurs se mirent aussitôt au travail. Personne ne croyait vraiment aux « unités fidèles » de la radio, mais personne ne pouvait non plus écarter l'arrivée de renforts. Quelqu'un afficha une carte des garnisons les plus proches pendant que d'autres passaient en revue leurs commandants et leurs liens avec le Parti. Deux divisions d'infanterie cantonnées à moins d'une demi-journée de route dans le sud du pays, commandées par des officiers compétents et acquis au Parti, pouvaient poser problème.


Mais c'étaient surtout les unités de la Garde Populaire stationnées près du Palais du Soviet et les forces basées à l'aéroport militaire de l'ouest de la capitale qui représentaient la menace la plus sérieuse et la plus immédiate. Il s'agissait de troupes aguerries, qui avaient connu le feu pendant la guerre récente. Leurs chefs répondaient directement au Premier Secrétaire.


Sans parler des miliciens qui étaient mal équipés mais pouvaient vite être un problème car constitués en grande partie de civils n'ayant aucune connaissance des combats, ce qui en faisait une masse imprévisible que la Garde Populaire pourrait utiliser pour géner l'avancement des troupes du GAN.


Si ces unités parvenaient à se rejoindre et se coordonner, elles pouvaient rendre la situation dangereuse et retarder les opérations.


Officier
Les garnisons des autres régions militaires ont payé un lourd tribut pendant la guerre, mon Général. Elles ne bougeront pas sur un simple appel radio. Mais si la Garde Populaire tient jusqu'à l'aube, nos opérations se compliqueront, les civils deviendront un obstacle en journée et certains commandements régionaux finiront par choisir leur camp. Rien ne dit que ce sera le nôtre…


Personne n'eut besoin d'en dire davantage. Tout le monde comprenait que plus le temps passait, plus le coup d'État risquait de dégénérer en combats urbains sanglants et personne ne souhaitait que la situation s'enlise.


Le Général ne répondit pas. Toute son attention était absorbée par un point sur les cartes déroulées devant lui. Là, au cœur de Mystograd, se dressait le Palais du Soviet Suprême. Depuis que les autres ponts avaient été fermés après la Révolution pour des raisons de sécurité, un seul passage permettait de rejoindre l'île sur laquelle le Palais était bâti : le Pont de l'Unité.



🌑🌑🌑



Peu avant cinq heures, le groupement tactique de la 7e Division Bambou d'Acier déboucha sur les quais. En tête roulait le char du capitaine Tankrède, qui avait baptisé son véhicule « le Dauphiné ». C'était une habitude : tous les blindés de la division portaient le nom d'un pays vaincu par le passé. Bien qu'il ne soit plus tout jeune, le char s'engagea avec habileté sur le pont mais il fut immobilisé à mi-chemin par une explosion qui provoqua une gerbe de flammes. Tankrède et son équipage eurent à peine le temps de s'extraire de la tourelle avant que les munitions n'explosent. Sur les moniteurs du Commissariat, l'image tressauta, puis devint blanche, avant afficher une colonne de fumée noire de mauvais augure.


La Garde Populaire du Soviet s'était déployée avec efficacité et tenait l'autre rive. Recrutée parmi les militants les plus fidèles du Parti, elle était mieux armée que la plupart des unités régulières, y compris celles du GAN. Ses officiers n'avaient pas perdu de temps pour se retrancher et installer des canons antichars. Quelques équipes de fantassins qui suivaient les blindés tentèrent de traverser à la faveur de la fumée mais les mitrailleuses leur firent rebrousser chemin sur le pont. Pour la première fois de la nuit, le GAN subit des pertes.


Pendant ce temps, l'appel de la radio portait ses fruits. Des miliciens étaient signalés près de plusieurs postes de contrôle, armés de vieux fusils, de barres de fer ou de simples pavés. Peu nombreux et encore désorganisés, ils ne posaient pas de réel problème pour l'instant. Mais s'ils réussissaient à se regrouper pour avancer vers le pont, ils pouvaient changer l'équilibre des forces.


Dans le récepteur grésilla la voix du colonel Kâlin, commandant des paras.


Colonel Kâlin
Mon Général, nous sommes bloqués. Nous déplorons des dizaines de blessés et sept morts. De bons gars.

La Garde est solidement retranchée et des miliciens commencent à affluer de notre côté pour s'interposer entre nous et le pont afin de protéger l'accès au Palais. Nous arrivons encore à les contenir, mais cela va se compliquer quand le jour se lèvera.

Nous pouvons encore tenter de forcer le passage avec l'aide de l'infanterie et le soutien des blindés, mais il faudra surement disperser la foule. Et nous aurons des pertes en forçant le pont. J'attends vos ordres.


Au QG, personne ne répondit tout de suite. Chacun comprenait ce qu'un tel ordre signifierait. Si les commandements régionaux apprenaient au matin que l'armée avait massacré des ouvriers aux abords du Pont de l'Unité, ils n'auraient plus aucune raison d'hésiter entre le Général et le Parti…


Le Général ne réagit pas tout de suite. Il dévisagea ses officiers l'un après l'autre, puis consulta sa montre avant de prendre la parole.


Général Myst
Colonel, cessez le feu et tenez vos positions. Personne ne traverse ce pont pour l'instant. Empêchez les miliciens de se regrouper et de rejoindre le pont. C'est un ordre, est-ce bien clair ?


Sans attendre de réponse, le Général quitta précipitamment la salle. Ses officiers le virent s'engouffrer dans la cage d'escalier et grimper les marches quatre à quatre jusqu'au cinquième étage, où les paras achevaient à peine de fouiller les derniers bureaux. Il s'enferma dans le bureau du Haut-Commissaire à la Vigilance Populaire et fit savoir qu'il ne voulait être dérangé sous aucun prétexte.


Dans la salle, plusieurs officiers échangèrent des regards. Le plan ne prévoyait ni repli, ni attente et chaque minute rapprochait l'aube.


Penché sur le vieux standard, Grésil remarqua alors une lampe qu'il n'avait encore jamais vue s'allumer. Elle correspondait à une ligne protégée qui partait du bureau du Haut-Commissaire et ne passait par aucun des circuits du Commissariat. Il brancha son casque par réflexe mais n'entendit rien. La lampe resta allumée un peu plus de cinq minutes, puis s'éteignit.


Peu après, le Général redescendit et reprit sa place devant la carte sans un mot.


À 05h05, le télex du Commissariat, silencieux depuis le début de la nuit, se mit soudain à crépiter. Le message ne portait ni signature ni indicatif d'expéditeur, seulement une ligne de texte qu'un sergent arracha du rouleau et apporta lui-même au Général.


Message du téléx
FENÊTRE OUVERTE JUSQU'À 06H00.


Quelques minutes plus tard, Radio Mystograd se tut au milieu d'une phrase. Peu après, les forces spéciales reprirent enfin contact, mais ce fut pour annoncer qu'elles avaient trouvé les studios désertés, les techniciens envolés et les émetteurs sabotés avec une précision qui n'était pas la leur. Au même moment, les opérateurs radio du GAN signalèrent un brouillage massif sur toutes les fréquences militaires du sud et de l'aéroport. Puissant, méthodique et venu, d'après eux, d'au-delà des frontières de l'Union des Républiques Bambouviques Mystiennes.


Les garnisons du Sud et les unités de l'aéroport n'entendaient plus rien. Les officiers se tournèrent vers le Général. Il avait glissé le message dans sa poche de poitrine, avec la liste. Et il ne semblait pas surpris.


Il restait pourtant le pont et peu de temps avant que la ville ne commence à s'animer.


À 05h10, un mouvement attira l'attention des tankistes postés sur les quais. De l'autre côté du pont, derrière les sacs de sable, quelqu'un agitait un chiffon blanc au bout d'un fusil. Puis une voix, amplifiée par un porte-voix, traversa la rivière : le commandant de la défense du pont demandait à parler à l'officier qui dirigeait l'assaut.


Dans le récepteur du Commissariat, la voix de Kâlin se fit entendre de nouveau.


Colonel Kâlin
Mon Général, la Garde demande à parlementer. Ça pourrait être une ruse pour gagner du temps jusqu'au lever du jour.


Le Général ne leva même pas les yeux de la carte.


Général Myst
Allez-y, Colonel. Seul et sans arme. Écoutez ce qu'ils ont à dire et accordez-leur ce qu'ils demanderont, dans la limite de l'honneur.


À 05h15, c'est un colonel Kâlin à l'air renfrogné qui s'avança seul sur le Pont de l'Unité. Il venait de perdre sept hommes sur ce pont et on lui demandait maintenant d'y aller sans armes. C'était bien la première fois de sa vie de commando qu'il devait parlementer. Il contourna la carcasse encore brûlante du Dauphiné, désarmé, un drapeau blanc à la main.


Sur l'autre rive, après un long moment d'hésitation, un officier de la Garde sortit à son tour de derrière les sacs de sable. C'était le colonel Tienbon, qui commandait la défense du pont. Les deux hommes se rejoignirent au milieu, dans l'odeur de caoutchouc brûlé, sous les yeux des soldats de leurs camps respectifs.


Tienbon ne demanda ni grâce ni délai. Il voulait des garanties : que ses hommes ne soient pas fusillés, que les miliciens puissent rentrer chez eux sans être poursuivis et que personne ne touche aux délégués du Soviet. Kâlin transmit chaque condition par radio au Général, qui les accepta toutes sans discuter.


Colonel Tienbon
Même avec ces garanties, je ne rendrai pas ce pont sans une confirmation du Palais.


Il retourna vers ses lignes et décrocha le téléphone de campagne relié directement au Palais. Au Commissariat, une lampe s'alluma aussitôt sur le vieux standard. Grésil brancha son casque mais la ligne était protégée et il ne capta qu'un souffle, puis le silence. La conversation dura moins d'une minute. Tienbon reposa lentement le combiné et resta un long moment immobile, le dos tourné au pont.


À 05h30, un drapeau blanc fut hissé au-dessus des sacs de sable. Les gardes posèrent leurs armes l'un après l'autre et les miliciens, voyant le vent tourner, refluèrent dans les rues encore sombres. Lorsque Kâlin franchit le pont avec ses hommes, Tienbon l'attendait de l'autre côté et lui remit son arme de service. Il n'y eu pas un coup de feu.


Colonel Kâlin
Alors ? Qui vous a donné l'ordre ?

Colonel Tienbon
Le Premier Secrétaire en personne, dit-il la voix tremblante.



À suivre…

IV. Le Bureau vide
Cycle 44 (Le 18/10/26 14:38)

Palais du Soviet Suprême, Mystograd. 03h15.


---


Lorsque la coupure de courant plongea toute la capitale dans le noir, Miss Oolong était seule dans l'antichambre du Premier Secrétaire, au dernier étage du Palais. Depuis la Révolution, elle tenait son agenda, filtrait ses visiteurs et relisait ses discours. Jamais elle ne l'avait vu hésiter, ni hausser le ton et il était fréquent qu'il travaille dans son bureau jusqu'à l'aube. Elle attendit que les groupes électrogènes du Palais prennent le relais. Ils ne démarrèrent pas. Les néons grésillèrent puis s'éteignirent, les téléphones se turent les uns après les autres et bientôt seule la ligne protégée du Premier Secrétaire fonctionna encore. Elle alluma la lampe torche qu'elle gardait dans un tiroir et jetta un oeil pour vérifier que son arme de service était bien là puis alla fraper à la porte capitonnée.


Miss Oolong
Camarade Premier Secrétaire, toutes les lignes sont coupées et les générateurs peinent à prendre le relai. Dois-je faire prévenir la garde ?

Camarade Mystaline
Non. Préparez-moi plutôt un thé, je vous prie. Du thé noir des collines. Puis rentrez chez vous.


Elle prépara le thé et le lui apporta. Il se tenait debout devant la fenêtre, les mains dans le dos, à regarder la ville éteinte. Il ne se retourna pas.


Camarade Mystaline
Vous savez, Miss Oolong, un régime ne tombe jamais la nuit où on le renverse. Il tombe bien avant. La nuit, on se contente de le constater.


Elle posa la tasse sur le bureau sans répondre. Elle ne rentra pas chez elle.


Les heures suivantes s'écoulèrent dans un calme étrange. Aux étages inférieurs, on entendait des portes claquer, des pas précipités, des délégués qui se disputaient à la lueur des bougies et des archives qu'on jetait dans les poêles. Derrière la porte capitonnée, au contraire, le Premier Secrétaire marchait lentement de long en large. Miss Oolong entendit des tiroirs s'ouvrir et se refermer, puis le crépitement du papier dans la cheminée. Il ne sortit pas une seule fois, ne fit appeler personne et ne reçut aucun des messagers essoufflés qui venaient frapper à l'antichambre. Elle les renvoya tous.


Peu avant cinq heures, une explosion sur le pont fit trembler les vitres, bientôt suivie du crépitement des mitrailleuses. Puis le silence revint, plus inquiétant encore.


Quelques minutes plus tard, la sonnerie de la ligne protégée retentit derrière la porte capitonnée. Le Premier Secrétaire décrocha dès la première sonnerie. Miss Oolong n'entendit rien de l'échange qui dura à peine cinq minutes, puis plus rien.


Ce n'est qu'une vingtaine de minutes plus tard que la voix du Premier Secrétaire s'éleva de nouveau derrière la porte. Il parlait au téléphone, calmement, comme s'il dictait une simple note de service. Miss Oolong n'en saisit que quelques mots.


Camarade Mystaline
… Oui, Colonel, je sais. Ils ont accepté vos conditions. Alors laissez-les passer. C'est un ordre.


Puis le calme revint.



🌑🌑🌒



Lorsque les Grues Noires prirent possession du Palais, elles n'eurent presque rien à faire. Les délégués du Soviet Suprême, regroupés dans la grande salle, attendaient en silence, certains encore ceints de leur écharpe officielle. Le Général Myst arriva à 05h50, traversa sans s'arrêter les couloirs jonchés de papiers déchirés à la hâte et à demi brûlés pour monter seul au dernier étage.


Dans l'antichambre, Miss Oolong était toujours à son bureau, sa lampe torche presque épuisée. Elle se leva à son entrée.


Général Myst
Est-il là ?

Miss Oolong
Il n'est pas sorti, Général. Je n'ai pas quitté cette pièce de la nuit... comme ordonné.


Il poussa la porte capitonnée.


La pièce était vide. La fenêtre était fermée de l'intérieur et les cendres étaient encore chaudes dans la cheminée. Sur le bureau, à côté du combiné décroché, la tasse de thé noir était à moitié bue. Le grand portrait du Camarade Mystaline, celui qui ornait chaque place publique, chaque usine et chaque salle de thé du pays, avait été retourné contre le mur. Près de la tasse, un seul objet avait été laissé bien en évidence : un bandeau de tissu rouge.


Le Général regarda longuement le bandeau, puis Miss Oolong, puis de nouveau le bandeau. Enfin, il le noua autour de son front et s'assit dans le fauteuil.


Général Myst
Miss Oolong, vous voulez bien me préparer un thé ? Du thé noir des collines.


Miss Oolong ne répondit rien. Elle sortit préparer le thé.


Resté seul, le Général raccrocha le combiné que Mystaline avait laissé décroché. Puis il le reprit et composa un numéro de mémoire.


Général Myst
L'opération Crépuscule est terminée. Poursuivez en Actonnia, effort maximal. Et lancez les opérations en Nathos et Rivana, les autres régions militaires ont besoin d'être occupées. Confirmez-leur que cela vient du bureau du Premier Secrétaire.


Il raccrocha, se cala dans le fauteuil et attendit son thé.


On ne retrouva jamais le Camarade Mystaline.


À suivre…

V. L'Aube
Cycle 45 (Le 18/10/26 22:56)

Mystograd. 06h00.


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À six heures précises, le brouillage qui recouvrait les fréquences militaires du sud et de l'aéroport cessa aussi brusquement qu'il avait commencé. Quelques minutes plus tard, le courant revint avec les premières lueurs du jour. Officiellement, personne ne sut jamais d'où était venue l'aide de la nuit, ni qui l'avait demandée. Seul un opérateur radio du GAN nota qu'au moment où le brouillage s'était tu, une courte transmission chiffrée venue de l'ouest s'était achevée sur deux mots en clair : BLACK AUBE. Il s'empressa d'arracher le registre de la transmission.


Sur les toits des ministères, les drapeaux rouges à la faucille et au bambou furent descendus un à un, pliés avec soin et emportés. Aucun autre drapeau ne fut hissé à leur place et les mâts restèrent nus.


Au milieu du Pont de l'Unité, la carcasse du Dauphiné fumait encore. De part et d'autre, les tankistes de Bambou d'Acier et les gardes désarmés évitaient de se regarder, jusqu'à ce que le capitaine Tankrède sorte un paquet de cigarettes et le fasse circuler sans distinction d'uniforme. Le long de la rivière, les derniers miliciens rentraient chez eux par petits groupes, leurs vieux fusils à l'épaule. Conformément à la parole donnée sur le pont, personne ne chercha à les en empêcher.


Les habitants qui sortaient pour la première tournée de thé trouvèrent des soldats à chaque carrefour. Ils n'étaient ni menaçants, ni souriants. Ils attendaient. Sur les façades et dans les halls d'immeubles, les portraits du Camarade Mystaline commençaient déjà à disparaître, décrochés par des mains anonymes. Personne n'avait donné d'ordre. Personne n'en avait eu besoin.



🌒🌓🌔



06h30. Après une heure passée à réparer les émetteurs sabotés, les techniciens des forces spéciales parvinrent enfin à rétablir le signal de Radio Mystograd. Dans les cuisines, les ateliers et les casernes de tout le pays, les vieux postes de radio se mirent à grésiller, puis une voix que tout le pays connaissait prit la parole. C'était Barnabé Lavoix, l'animateur du Thé du matin, que tout le pays écoutait au petit-déjeuner.



Barnabé Lavoix
Citoyens, restez chez vous. Le Soviet Suprême a été dissout et l'Union des Républiques Bambouviques Mystyennes n'existe plus. L'armée assure désormais l'ordre et la sécurité sur l'ensemble du territoire.

Les consignes suivantes, en dix points, s'appliquent dès maintenant et jusqu'à nouvel ordre.

Un. Un. Les boulangeries, les dispensaires, les salons de thé et tous les commerces de première nécessité resteront ouverts toute la journée, sans rationnement.

Deux. Les prix du riz, du thé et du bambou sont bloqués à leur niveau d'hier. Tout commerçant pris à spéculer sera poursuivi.

Trois. Les salaires de ce mois seront versés normalement. Les écoles, les administrations et les banques restent fermées aujourd'hui. Les transports publics reprendront à midi.

Quatre. Pour la sécurité de tous, un couvre-feu est instauré chaque nuit de 20h00 à 06h00. Toute personne circulant dans la rue pendant ces heures devra présenter un laissez-passer militaire.

Cinq. Les frontières, les ports et les aéroports civils sont fermés pour soixante-douze heures. Les ressortissants étrangers sont priés de rester à leur hôtel ou à leur domicile et de contacter leur ambassade pour faire connaitre leur situation. Leur sécurité est garantie mais ils ne doivent se déplacer qu'en cas d'impérieuse nécessité.

Six. Ordre est donné aux unités stationnées à l'aéroport militaire de la capitale et dans les garnisons régionales de rester dans leurs casernes dans l'attente des instructions de l'État-Major. Leurs commandants sont attendus à Mystograd aujourd'hui.

Sept. Les milices ouvrières sont dissoutes à compter de ce jour. Les miliciens sont invités à remettre leurs armes au poste militaire le plus proche avant ce soir. Aucune poursuite ne sera engagée contre eux.

Huit. Les cadres du Parti et les fonctionnaires du Commissariat à la Vigilance Populaire doivent se présenter au commissariat de leur quartier dans les quarante-huit heures afin de recevoir leurs instructions. Ils seront traités avec équité.

Neuf. Il est interdit de détruire, de déplacer ou de dissimuler le moindre document du Parti, du Soviet Suprême ou du Commissariat. Toute personne surprise à brûler des archives sera arrêtée sur-le-champ.

Dix. Tout cadre, fonctionnaire, milicien ou soldat qui ne se sera pas présenté dans les délais sera inscrit sur la liste des ennemis de l'État et poursuivi pour insurrection.


Le présentateur marqua une courte pause, puis repris la parol.


Barnabé Lavoix
Voici le programme de la journée :
- à midi, le Général Myst, commandant du Groupe d'Armées du Nord s'adressera à la nation à la radio et à la télévision,
- puis à 20h00, le nouveau Gouvernement publiera son premier communiqué officiel.


Des millions de Pandarens écoutèrent les dix points répétés en boucle, leur tasse refroidissant entre leurs pattes. Beaucoup ne savaient plus s'il fallait hocher la tête. Leurs habitudes venaient de s'évanouir.


Dans les casernes des garnisons des autres régions, les officiers écoutèrent le message jusqu'au bout. Aucun ne donna l'ordre de faire démarrer les moteurs. Ils ignoraient encore comment s'appellerait leur pays le soir même et surtout leurs nouveaux uniformes seraient de meilleure qualité.


À suivre…

VI. Zénith
Cycle 46 (Le 19/10/26 14:30)

Maison de la Télévision nationale, Mystograd. 12h00.


---


Le Soviet Suprême devait inaugurer en grande pompe le mois suivant ce vaste centre de verre et de béton, fierté du dernier plan quinquennal. Dès l'aube, l'armée en avait pris possession.


Une section avait reçu une mission bien particulière : tirer de leur lit les techniciens du centre. Grâce au fichage consciencieux du Commissariat à la Vigilance Populaire, elle n'avait eu aucun mal à savoir où les trouver. Ils avaient ensuite passé la matinée à allumer les projecteurs et à régler des caméras flambant neuves dont personne ne s'était encore jamais servi. Le Général tenait à ce que le pays découvre ses nouveaux dirigeants dans ces studios dernier cri et pour la première fois en couleur. C'était un avant-goût de ce que la nation pouvait devenir.


Mais la télévision restait un luxe que peu de foyers pouvaient s'offrir. Dans les villages, les usines et les immeubles, on se regroupait devant le seul poste du quartier. Pour tous ceux qui ne pouvaient pas s'y rendre, Radio Mystograd retransmettrait l'allocution en direct sur toutes ses fréquences. Les journaux du soir, eux, avaient stoppé leurs rotatives et gardé leur une en blanc. Dans les rédactions, les sténographes attendaient, crayon en main.


Dans la régie, les techniciens retenaient leur souffle. Derrière eux, Miss Oolong ne quittait pas les écrans des yeux. Sur chacun apparaissait la même image : au centre de l'immense plateau, le Général attendait derrière un bureau nu, le bandeau rouge noué au front, une tasse de thé noir des collines à portée de main.


Pour l'annoncer, l'État-Major avait fait venir Barnabé Lavoix, dont la voix avait déjà lu au pays les consignes du matin. Assis à une petite table à l'écart du plateau, une feuille à la main, il attendit le signal du réalisateur.


Barnabé Lavoix
Citoyens, il est midi. Comme annoncé ce matin, le Général Myst, commandant du Groupe d'Armées du Nord, s'adresse à la nation.


Le réalisateur bascula sur la caméra du plateau, dont la lampe rouge s’alluma. Le Général prit la parole, le regard fixé sur l'objectif.


Général Myst
Mes chers compatriotes, cette nuit, l'armée a rendu aux Pandarens la maîtrise de leur destin. Je vous parle car je vous dois la vérité.

Il y a de cela plusieurs semaines, l'Empire de Kuni no Hono a franchi nos frontières. Nos soldats ont alors subi deux défaites. La première face à un ennemi rigoureux, organisé et implacable, qui préparait cette guerre depuis longtemps. La seconde face à un régime incapable d'organiser la défense nationale, qui envoyait au front des ordres absurdes au lieu de munitions et laissait nos hommes défendre les mains vides la terre millénaire des Pandarens.

Pendant que les mineurs des Rubières arrachaient à la montagne les rubis qui font la richesse de ce pays, le Parti dilapidait cette richesse en parades et en portraits au lieu d'armer ceux qui nous défendaient. Il a fallu au Parti des semaines pour oser vous avouer cette cuisante défaite.

Un État fort aurait tenu bon et donné à ses soldats les moyens de se battre. Le Soviet Suprême, lui, a préféré courber l'échine puis se disculper en cherchant des coupables pour ne pas avoir à répondre de sa propre faillite. Les délégués réunis depuis plusieurs jours ont alors décidé de faire porter le chapeau à ceux qui s'étaient battus.

Ils ont fait dresser en secret une liste d'officiers à arrêter pour trahison. Cette liste, je l'ai entre les mains. Mon nom y figure en tête, suivi de ceux des officiers les plus capables de notre nation dans plusieurs régions militaires. Les arrestations étaient imminentes.

Et il va de soi que je n'allais pas être le panda de la farce !


Au même moment, aux Rubières, la grande cité des mines de rubis, des centaines de mineurs s'étaient entassés dans la cantine autour du vieux téléviseur. Quand le Général parla de leurs rubis dilapidés, un grondement monta des tables. Au fond de la salle, le directeur de la mine, cadre du Parti depuis la Révolution, se glissa discrètement dehors. Quelques mineurs se levèrent et le suivirent sans un mot. On le retrouva le lendemain matin au fond d'un puits désaffecté... trois cents mètres plus bas.


Général Myst
L'armée a donc pris ses responsabilités. La capitale est sécurisée, les ministères sont sous notre contrôle et les délégués du Soviet sont retenus au Palais sous la protection de l'armée. Les fonctionnaires du Commissariat qui s'y trouvaient cette nuit ont été arrêtés.

Je vous annonce donc la dissolution du Soviet Suprême, du Parti et de l'Union des Républiques Bambouviques Mystyennes.

Le Commissariat à la Vigilance Populaire est également fermé et ses archives sont actuellement analysées par nos spécialistes pour vérifier si d'autres crimes ont été perpétrés par le régime bambouvique.


À Pandaria, l'ancienne ville sainte du Saint-Siège, une cloche sonna au sommet d'un vieux temple pour la première fois depuis la Révolution, sans que l'on sache réellement qui avait décidé de la faire sonner.


Général Myst
Je sais que beaucoup d'entre vous ont eu peur cette nuit et malheureusement du sang a coulé sur le Pont de l'Unité.
Mais je veux aussi que chacun sache ce qui y a été promis. Les soldats de la Garde Populaire qui ont déposé les armes ne seront pas inquiétés. Les ouvriers qui sont descendus défendre ce qu'ils croyaient juste peuvent rentrer chez eux sans crainte. Les délégués du Soviet sont sous la protection de l'armée et aucun d'eux ne sera maltraité.
J'ai donné ma parole. Elle sera tenue.


Près du Pont de l’Unité, les gardes désarmés avaient été regroupés dans un bâtiment et écoutaient le transistor de leurs gardiens. Un peu à l'écart, le colonel Kâlin n'écoutait qu'à moitié. Il pensait aux lettres qu'il lui faudrait écrire aux familles de ses soldats.


Général Myst
Quant au Premier Secrétaire, il a quitté ses fonctions cette nuit. Avant de partir, il a lui-même ordonné à la Garde Populaire de déposer les armes et d'épargner à la capitale une bataille sanglante. Quoi que l'on pense de lui, c'est à cet ordre que des milliers de nos concitoyens doivent la vie. Je tenais à ce que vous le sachiez aussi.


En régie, Miss Oolong baissa les yeux et ne les releva plus jusqu'à la fin du discours.



🌕☀️☀️



Le Général but une gorgée de thé, reposa la tasse et regarda de nouveau la caméra.


Général Myst
Je ne vous promets ni le paradis, ni une nouvelle révolution. On vous en a déjà trop promis. Je vais vous dire simplement ce que nous allons faire.

Dès aujourd'hui, le pouvoir sera exercé par un Conseil de Défense et de Coordination de l'Armée (CDCA), que je présiderai. Il gouvernera le pays le temps qu'il faudra pour le remettre debout. Pas un jour de plus.

Lors de la prise par mes troupes du complexe du Commissariat à la Vigilance Populaire, nous avons découvert que des centaines, si ce n'est des milliers de nos concitoyens y étaient enfermés arbitrairement. Ils seront libérés dans la semaine, le temps pour nous de vérifier leur identité, leur prodiguer des soins et organiser la logistique de leur libération. Leurs dossiers seront effacés des archives et leur liberté pleinement rétablie.

Une commission d'enquête a été créée afin de formellement identifier les responsabilités de la défaite face à l'Empire de Kuni no Hono. Les familles de nos soldats tombés au front recevront une pension. Des monuments aux morts seront érigés pour que l'on se souvienne toujours des conséquences d'un État faible. Nous ferons tout notre possible pour répondre aux familles qui attendent encore des nouvelles d'un disparu.

Les soldats seront dorénavant notre priorité. Ils seront mieux payés, mieux nourris et mieux armés. Plus jamais cette armée ne sera envoyée au front les mains vides.


Dans un hôpital militaire de la capitale, les blessés revenus de la guerre écoutaient la radio posée au bout de la salle commune. Quand le Général parla des mains vides, un sergent au bras en écharpe se redressa et salua le poste. Plusieurs de ses camarades l'imitèrent alors. Pour la première fois depuis leur retour du front, ils se sentaient fiers et reconnaissants.


Général Myst
Il me reste à vous dire une chose dont le Parti n’avait pas connaissance. Depuis plusieurs semaines, en concertation avec plusieurs autres commandants militaires de notre pays, des unités du Groupe d'Armées du Nord sont engagées en Actonnia.

Depuis cette nuit, d'autres régions militaires ont lancé des opérations similaires en coordonnation avec le nouveau gouvernement en Rivana et à Nathos, où vit depuis l'époque du Saint-Siège une importante communauté pandarène, rassemblée autour de sa grande église. Ces opérations ne sont aucunement dirigées contre les peuples de ces nations. Elles n'ont qu'un seul but : mettre en sécurité des populations pandarènes autrefois intégrées au Pandasthan que les révolutions et régimes corrompus ont successivement abandonnées au-delà de nos frontières.
Notre nation a été grande. Et elle le redeviendra.


À Jonquebourg, le premier port du pays, un cargo rivanais était bloqué à quai depuis l'aube, comme tous les navires étrangers. À bord, son capitaine écoutait la radio. Quand le Général prononça le nom de Rivana, il comprit que les deux soldats postés depuis le matin sur la passerelle de son navire n'étaient pas là pour sa sécurité. Il ne reprendrait pas la mer de sitôt.


Général Myst
Enfin, nous ne sommes plus seuls. Des nations amies se sont tenues à nos côtés cette nuit. Le moment venu, elles seront remerciées comme il se doit.


Dans le complexe du Commissariat à la Vigilance Populaire qui allait devenir le grand QG des forces militaires, le lieutenant Grésil écoutait le discours, la main posée sur la poche de sa vareuse. La page arrachée à son registre s'y trouvait toujours. Il n'avait finalement pas pu se résoudre à la brûler.


Général Myst
Ce soir à 20h00, l'État-Major publiera son premier communiqué. Il fixera la composition du Conseil. Il rendra aussi officiellement à notre pays le nom qu'il portait avant toutes les révolutions et que vous n'avez jamais cessé de lui donner : le Pandasthan. Notre capitale, elle, ne portera plus le nom d'un régime déchu. Mystograd redeviendra Fort-Bambou.


Dans son atelier près de la gare centrale de Mystograd, un vieux peintre d'enseignes soupira. Depuis la Révolution, il avait déjà repeint trois fois le nom de la gare. Sans attendre le communiqué, il alla vérifier son stock de peinture.


Général Myst
D'ici là, respectez le couvre-feu, prenez soin des vôtres et buvez votre thé. Et souvenez-vous : un bambou seul plie, une forêt de bambous ne rompt jamais.


La lampe rouge de la caméra s'éteignit. Le Général resta un moment immobile, puis il dénoua son bandeau, le plia avec soin et le glissa dans sa poche de poitrine, où se trouvaient toujours la liste et la bande de télex.


Les rédactions s'agitèrent pour préparer l'édition spéciale du soir. En une, une seule photographie : le Général au bandeau rouge, sous un titre de trois mots. PANDASTHAN IS BACK.


Dehors, sous le soleil de midi, Mystograd Fort-Bambou recommençait à respirer.


Fin de la Nuit de Mystograd ?


Myst de Pandasthan Unifié
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Généralissime
32e 
Black Aube
Fin de l'arc
Cycle 46 (Le 19/10/26 14:47)

/HRP : la suite à lire :

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