
Ce matin-là, dans la grande salle de la Chancellerie, les cartographes d'Ernilland avaient poussé les tables contre les murs. Au centre, sur le parquet, une feuille immense attendait sous une toile, et l'encre sentait encore le neuf.
Ernicani entra sans cérémonie, les bottes encore marquées par la terre des champs. Le doyen des cartographes souleva la toile.

Un murmure parcourut la salle. Le monde entier s'étalait là, tel que les voyageurs l'avaient décrit : des forêts sombres, des plaines blondes, des lacs semés comme des éclats de saphir, des villes, et au-dessus de certains pays, les fumées grises de leurs usines.
« Est-ce ainsi que le monde est fait ? » demanda Ernicani.
« Pas encore, répondit le doyen. Nous avons dessiné d'après les récits. Les distances restent à arpenter, et certaines nations ne sont peut-être pas à leur place. »
Ernicani resta un long moment penché sur la carte. Puis il se redressa et dicta la proclamation que voici, adressée à toutes les chancelleries d'Anathas :
« Ernilland offre cette carte au monde, en signe d'amitié et de curiosité. Qu'aucune nation ne s'en trouve offensée si sa frontière y est mal tracée : l'œuvre ne fait que commencer. Que les dirigeants qui le souhaitent nous envoient leurs arpenteurs ou nous confient leurs relevés. Nos cartographes les accueilleront avec reconnaissance, et la prochaine édition de l'Atlas des nations d'Anathas rendra à chacun sa juste place.
Puisse chaque peuple y trouver la sienne, et peut-être l'envie de rendre visite à ses voisins. »
Ernicani, dirigeant d'Ernilland
« La terre d'abord. »


