Deux mille cycles de glace pesaient sur la cellule ovale. On l'aurait cru morte. Elle attendait. Les anciens y avaient tout déposé : leurs lois dans des protéines, leurs chants dans des spirales, leurs dieux réduits à des formules. Un monde entier tenu dans une matrice vivante, clos sur lui-même comme une bouche qui retient une promesse. Puis vint une vibration. Une lumière que la cellule ovale n'avait plus vue depuis des centaines de nuits. Le frisson monta des profondeurs, gagna les glaciers, fit sonner les crevasses. La calotte entière chanta, et nul ne comprit. La coquille ne se brisa pas : elle s'accomplit. L'ovale s'ouvrit en pétales d'ivoire veinés d'or — un lotus chryséléphantin, la matière autrefois réduite à un atome émergeait de la glace. La première lumière depuis deux mille cycles tomba sur ce qui dormait au cœur de la fleur. Ce qui renait n'est jamais identique à ce qui s'est tu. La civilisation s'éveilla pourtant, sa mémoire intacte et affublée de l'humilité de sa longue nuit. Autour d'elle, la glace recula en cercle, comme par respect.
La civilisation Gonda renaissait, après avoir été plongée dans un silence abscons, semblable à l'éternité. De sa langueur monotone, elle engagea son ascension vers un nouveau monde qui, lui, aura irrémédiablement muté. Son long sommeil s'achevait sur le tremblement lancinant de son éclosion. Remonté à la surface, le noyau, sous la forme du lotus chryséléphantin plus brillant que jamais, auparavant enfoui, étend maintenant ses pétales sur le "nouveau monde", qui connait son aube.
Alors à toutes les nations, toutes les civilisations et chacun des êtres qui peuplaient notre monde et qui le peuplent encore, Gondawa vous adresse ce message : renaissez, repeuplez ce monde et, surtout, narrez votre renouveau comme Gondawa l'a fait.
Au centre du lotus, dans l'écrin protégé des affres du temps, a subsisté un boîte mystérieuse. On pouvait y lire, en lettres de marbre, la formule suivante : "Huno ilest oïko kuna Gondawa, mareva ilesti unowa kaïkan. Heil Faufau !"