Julia s’approche du petit BOOUH et commence d’une voie calme et tendre :
« Dans une ville épuisée d’Afrique, deux sœurs, Misère et Tyrannie, prirent un jour le pouvoir. Leur cruauté était sans limites. Elles faisaient torturer et mettre à mort leurs sujets par pur caprice. Elles emprisonnaient des innocents dans leurs geôles, mettaient en scène des simulacres de procès et tiraient au sort ceux qui seraient tués, en s’amusant de leur terreur. Les deux diablesses empêchaient leur peuple de rire, de chanter, de penser. Elles osèrent même un jour insulter le Soleil. Celui-ci, en colère, voulut se venger en soufflant sur le pays une haleine de feu. Les habitants, la gorge brûlée par la soif, mouraient sur place. Le Soleil en furie assécha même les puits.
Un après-midi de canicule, près d’une source tarie, tomba un grain de sésame. Ce grain de sésame était aussi une clé. Un petit oiseau le picora. Mais le chat Mistigri sauta sur l’oiseau et le dévora. Un lion ne fit qu’une bouchée de Mistigri. Un vieillard qui traînait ses bras maigres dans la poussière des rues, à la recherche d’une plante à grignoter ou d’un animal à abattre, vit le lion. Il s’empara d’un fusil, le tua et s’en rassasia. Survinrent des cannibales qui l’étranglèrent et le mangèrent. Mais un malheur ne vient jamais seul. Voyant qu’il n’y avait plus ni fleurs ni fruits dans le pays, les deux sœurs insultèrent même la Terre. De rage, la Terre cambra son dos, gronda, s’ouvrit et se plissa, formant une montagne qui engloutit les mangeurs d’hommes. C’est alors qu’un gigantesque cyclone se leva et emporta la montagne dans un tourbillon qui s’élevait vers le ciel tout autour de la Terre.
Mais le ciel, lassé de ce jeu, aspira le cyclone.
Dans la profondeur des geôles, les barreaux ne laissaient jamais passer la moindre lueur, et tout le bleu du ciel s’était réfugié dans les yeux des prisonniers. Ils avaient des bâillons sur la bouche.
Mais un soir arriva un enfant étranger. Il chantait tout le temps. Son chant était si beau que les larmes jaillirent des yeux des prisonniers. Les bâillons tombèrent de leurs bouches, et ils pleurèrent tant de larmes que les barreaux se mirent à fondre. Alors le bleu du ciel entra dans les cellules et fit exploser les murs.
Le ciel bleu recracha le cyclone
Qui recracha la montagne
Qui recracha les mangeurs d’hommes
Qui recrachèrent le vieillard
Qui recracha le lion
Qui recracha Mistigri
Qui recracha l’oiseau
Qui recracha le grain de sésame
Car le grain de sésame était aussi une clé. La clé qui ouvrait toutes les prisons du monde. »
« Bonne nuit Julia »
« Bonne nuit BOOUH »
Julia sort doucement, éteint la lumière et embrasse tendrement le petit BOOUH !
