Chapitre 1: Une aube crépusculaire
Ce matin, le soleil se lève sur un pays silencieux, figé dans l’angoisse et dans l’attente. Tous les regards sont braqués sur le palais présidentiel, dans l’attente d’une éventuelle confirmation ou infirmation des assertions de la communauté mondiale: l’apocalypse serait en marche. Certains tremblent, d’autres se raccrochent à l’idée que tout ceci n’est qu’un mensonge, une idiotie de pays sous développés et désireux d’effrayer les grandes puissances. Mais la poignée de citoyens du milliards d’habitants qui a déjà vécu pareille catastrophe pleure en silence le sort d’un monde trop éphémère.
Après plusieurs minutes d’attente, quand sonnent les coups de neuf heures, un homme d’avance. Il a conservé la force et la beauté de sa jeunesse, même si la fatigue des dernières semaines a tiré ses traits. Il n’est plus le sautillant président d’a peine 25 ans, dont le rêve de pacifisme fut brisé par une première catastrophe. Il est désormais un homme grave, au ton philosophe, à l’orgueil certain et avec la certitude d’être sage. Il commence à parler, et les mots coulent les uns après les autres, confirmant l’impensable: non la Genovie et Humaland, Penguinoland et les autres n’ont pas menti. Dans les étoiles, le destin de notre planète s’apprête à percuter dans une dizaine de cycles à violemment percuter le monde Anasthasien. Des pays entiers seront rayés de la surface, les alliances s’effondreront. Une poignée seulement de citoyens survivront, pas plus de 400 mille par pays. Notre confort, nos avancées seront oubliées, notre puissance, balayée, notre histoire, achevée.
Alors l’homme se tait et écoute. Il entend les cris, les protestations, les pleurs et les querelles. Puis il lève les mains en signe d’impuissance et annonce la décision la plus difficile de son mandat: le mise en place d’un examen qui détermineras les citoyens les plus aptes à reconstruire le monde de demain, et qui seront protégés dans les complexes souterrains déjà usités il y a plus de 900 cycles.
Enfin, le président finit son allocution par un géant Carpe Diem: aujourd’hui plus que jamais, nous devons saisir les derniers jours de notre vie. Puis il se retire, laissant à la confusion un milliard de citoyens.
Il entend que certains lui crient qu’il est un hypocrite, que lui sera sauvé quoi qu’il arrive. Que sa famille, si elle existe, sera mise à l’abri. Il courbe le dos et s’engouffre dans un tunnel souterrain au palais présidentiel. Marchant seul quelques mètres, il pousse une porte et entre dans une grande pièce où se trouve un gigantesque écran représentant les souterrains. Il s’approche du general penché sur la carte, se redresse et lui demande:
- Général Lopy, les souterrains sont ils prêts
- Ils le sont président Altok. Vous ne serez qu’une poignée à survivre, mais nous sélectionnons les meilleurs, les plus intelligents, doués, empathiques... c’était la votre désir
Une ombre passa sur le visage de Lorkon. Il hocha gravement la tête
- Nous n’avons guère le choix... combien de temps ont passé depuis la dernière apocalypse ? Je me perd dans ces cycles...
- Douze années monsieur le président. Mais n’ayez crainte: vous saurez à nouveau les guider. La Bolingie survivras, et vous la mènerez vers un nouveau destin glorieux.
Une lueur étrange passa dans les yeux du président Lorkon, Altok, et il répliqua d’une voix grave:
- Je ne pars pas. J’ai connu douze ans de bonheur aux côtés de ce pays. Mais il doit voler de ses propres ailes: je m’éteindrais avec lui.