LES CHRONIQUES DU PAL SACRÉ

Feuilleton des Amours Damnées


Chapitre I — Le Dernier Berlingot

Extrait des archives interdites de l’Empire du Pal Sacré.


À la veille du premier affrontement, les cloches funèbres résonnaient dans les cathédrales du Pal Sacré.


Les légions infernales acclamaient la guerre. Les bourreaux affûtaient leurs pals. Les généraux rivalisaient d’imagination pour rendre le carnage mémorable.


Pourtant, sur son trône d’ossements, une question autrement plus grave préoccupait Licorna Satanas.


Où était passé son dernier berlingot ?


La veille, dans un verger abandonné, un insolent étalon noir de la Vieille Garde avait osé convoiter ses précieuses confiseries.


Mais l’impertinent avait commis un outrage bien plus délicieux.


Il lui avait résisté.


À elle. Licorna Satanas, incarnation du Jugement dernier, devant laquelle des royaumes entiers s’agenouillaient.


Il l’avait mordue, bousculée, défiée… et, suprême insolence, lui avait infligé une ruade mémorable.


Quelle humiliation !

Quel souvenir exquis…


Elle qui avait passé des siècles à empaler les insoumis découvrait qu’il existait des adversaires qu’elle rêvait de voir lui rendre ses supplices.


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Quelques heures plus tard, une gazette française parvint jusqu’à son trône.


« Mortecorne, la Dévoreuse. »


L’Impératrice esquissa un sourire.

« La Dévoreuse ? Ces Français ignorent encore l’étendue de mes appétits… »


Un conseiller, particulièrement réjoui par les préparatifs du massacre, s’approcha.

« Votre Majesté, dois-je comprendre que cet étalon a éveillé votre intérêt ? »


« Mon intérêt ? Certainement pas ! Je souhaite simplement savoir s’il a survécu… et s’il possède les manières d’un véritable gentleman. »


« Souhaitez-vous que nous le capturions ? »


« Quelle vulgarité ! Nous parlons d’un Français ! Je tiens à vérifier si la patrie de Napoléon mérite également sa réputation de pays de l’amour. »


Elle déploya lentement ses ailes.

« D’ailleurs, qu’il ait l’audace de m’inviter pour le thé ! Avec des biscuits, des berlingots et toute la galanterie qu’exige mon rang. »


Le conseiller sourit.

« Et ensuite, Majesté ? Les noces ? »


Licorna éclata d’un rire infernal.

« LES NOCES ?! Mais enfin, mon cher ! Nous n’en sommes qu’aux préliminaires ! »


Elle contempla les cartes militaires, les yeux brillants.

« Imaginez… Ses canons pénétrant nos lignes, mes légions brisant les siennes, nos armées s’entrechoquant avec une passion dévorante… »


Le conseiller se frotta les mains.

« Magnifique ! Nous pourrions massacrer des régiments entiers ! »


« Oh, mon cher… »


Elle soupira voluptueusement.

« Et dire que certains hommes pensent séduire une dame avec un simple bouquet de roses ! »


« Et si cet étalon vous inflige une défaite ? »


Un frisson parcourut sa crinière.

« Alors je lui rendrai chaque coup avec une tendresse absolument abominable. »


Elle sourit.

« Qu’il me fasse plier, je lui réclamerai ma revanche. Que je le terrasse, j’attendrai qu’il se relève. Je veux un gentleman qui sache me faire souffrir autant que je prendrai plaisir à le tourmenter ! »


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Cette nuit-là, une lettre cachetée de cire noire traversa les frontières françaises.


« Mon délicieux Tonnerre,


J’ai lu votre gazette. Quelle indiscrétion de raconter ainsi nos premiers ébats !


Vos morsures et vos ruades m’ont laissé des souvenirs délicieusement inconvenants.


Puisque la France se prétend la patrie des gentlemen, j’attends désormais votre invitation pour le thé.


Biscuits, berlingots, votre plus bel uniforme… et cette insolence qui me trouble tant.


Mais après le thé, mon cher, point de douceur.


Laissons nos armées s’étreindre à notre place. Que nos empires saignent, que nos offensives se répondent et que chaque défaite attise notre désir de revanche.


Ne me ménagez surtout pas. Je déteste les gentlemen qui se retirent lorsque les choses deviennent intéressantes.


Avec mes plus perverses tendresses,


Licorna Satanas


P.-S. : Si vous souhaitez me mettre à genoux, prévoyez davantage de canons. Une impératrice ne capitule pas au premier assaut. »


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À l’aube, les légions du Pal Sacré chantaient déjà leurs hymnes de guerre.


Un maréchal demanda :

« Majesté, combien de cycles devons-nous prévoir pour cette campagne ? »


Licorna contempla les frontières françaises avec un sourire indécent.

« Le plus possible, mon cher. Le plus possible… »


« Et si les Français demandent la paix ? »


Elle se retourna, scandalisée.

« LA PAIX ?! Quel goujat abandonnerait une dame avant même d’avoir consommé sa première guerre ?! »


Le maréchal éclata de rire.

Les légions redoublèrent leurs acclamations.


Et l’Empire du Pal Sacré se prépara avec une joie obscène à ce qui promettait d’être la plus délicieusement monstrueuse des histoires d’amour.


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Les Chroniques du Pal Sacré — Archives des Amours Damnées



« Certains s’aiment jusqu’à la mort. Nous sommes suffisamment dépravés pour préférer nous aimer jusqu’au Jugement dernier. »