KLOW, cycle 64, de la rédaction.


Les attentats manqués contre le Llyria avaient laissé Klow dans un état de nerfs que seule la colère pouvait calmer. Le matin, Muskar XII annonçait depuis le balcon du palais que deux généraux seraient passés par les armes à l’aube. Le soir, l’état-major n’avait toujours pas transmis l’ordre d’exécution.


Au mess des officiers, le murmure a vite gagné les rangs. Les généraux condamnés étaient aimés de leurs hommes. Eux, pour une affaire d’attentats ratés, devraient payer ce que le renseignement royal n’avait pas su empêcher.


C’est là que le colonel Sadafkar a fait son entrée. Képi de travers, lunettes noires de nuit, grande cape et médailles dont personne ne connaissait l’origine, il a gravi une table d’un pas assuré.


"Messieurs, le Roi a perdu la raison ! Il fait fusiller ses généraux et il nous parle de justice ! Moi, je vous le dis : cette Syldavie a besoin d’un homme de caractère, d’un homme qui comprend l’armée, d’un homme... qui s’appelle Sadafkar."


Personne n’a osé rire. Au bout d’un silence, quelques jeunes lieutenants ont applaudi, puis d’autres. Sadafkar n’était pas sérieux, mais il avait un régiment de blindés, la caserne de la radio nationale et l’envie d’en finir.


Vers minuit, les chars ont pris position devant la radio. À 1h, les lignes téléphoniques du palais étaient coupées. À 1h24, Sadafkar lisait à l’antenne une proclamation interminable et pleine de fautes, qui déclarait Muskar XII "déchu, démissionnaire et traître à la patrie".


Le colonel Sadafkar, s'exprimant à la radio nationale. A l'arrière plan, le Major Zlatok Vorniv ; le Capitaine Ottokar Brozlip ; le Lieutenant-colonel Wladar Kirzov et le Sergent-chef Bozdan Muzlak.


Muskar, lui, n’a pas attendu la fin du discours. Prévenu par un chambellan fidèle, il a quitté le palais par les cuisines, enveloppé dans un manteau de domestique, escorté de sa garde personnelle et de quelques fidèles. Le convoi a filé vers l'ouest, phares éteints. Aux premières lueurs, il franchissait les murs de Zmylos, la place forte loyaliste, où il a convoqué ses derniers conseillers.


"Sadafkar tient la capitale, mais il ne tient ni les provinces, ni le trésor, ni le sceptre d'Ottokar, a-t-il déclaré au Pélican libre. Je suis le Roi."


Au petit matin, nous avons pris contact avec le service presse du gouvernement. Aucune réponse. Nous avons cependant pu constater que le drapeau syldave ne flottait plus sur le palais... sans qu'aucun autre ne soit élevé pour autant. En ville, les rares passants croisés avant sept heures disent avoir vu des blindés stationnés devant les bâtiments de la radio nationale. Aucun coup de feu n’a été signalé. Les commerces du centre sont restés rideau baissé.


Du côté de l’état-major, même silence. Joint par téléphone, un officier supérieur, qui a requis l’anonymat, s’est contenté de répondre qu'il attendait des ordres. Il n’a pas précisé de qui.


La rédaction du Pélican libre.